CHILI - Osorno, un tremplin vers Mapu Lawal

Drapeau chilien

_ « Il est rigolo David, à chanter tout le temps ! »
_ « Chanter ? Mais il n’a pas chanté de toute la soirée ! Il parle, c’est tout. »
_ « C’est juste son accent alors ? Génial, il faut que j’attrape le même ! »


David porte un chapeau, des cheveux longs accrochés en queue de cheval, une légère barbe, et parle en chantant. Les fins de phrases restent suspendues en l’air, remontent comme un tremplin qui lancerait la phrase suivante. Détail important, il m’est possible de comprendre David quand il parle espagnol, ce qui présente un avantage certain en vue de la suite des évènements.

David, anthropologue, est notre contact au sein de la communauté Mapu-Lahual depuis le début du projet. 8 mois que nous correspondions afin de préparer notre séjour dans cette communauté du sud-ouest du Chili. Il a tout organisé, identifié les personnes qu’il nous sera intéressant d’interviewer, pris des rendez-vous, géré la logistique, et nous avance le restaurant parce que ces saloperies de cartes bancaires ne veulent pas fonctionner. Un contact très utile.

Autour d’un café, puis d’une soupe de poisson ou de crabe, nous parlons des Mapuche, de leur histoire, de leurs langues et dialectes qui s’évaporent, des difficultés face à la réglementation développée par le gouvernement, notamment cette loi, la ley indigena, qui derrière ses bonnes intentions prive les communautés de la possibilité de se regrouper derrière un représentant unique, et les condamne au morcellement, les entraîne vers la division.
Le contexte est posé, les premiers ingrédients de notre documentaire nous parviennent, à nous désormais de savoir les préparer comme il se doit pour qu’ils conservent toute leur saveur, leur richesse, au moment d’être servis.

Un peu plus tôt, avant de retrouver David à la gare d’Osorno, bourgade de 130.000 habitants de la Région des Lacs, il nous a d’abord fallu rejoindre le Chili, pays qui conviendrait parfaitement à tout aventurier en herbe désirant se lancer dans la traversée d’un pays à vélo pour la première fois. A condition de traverser d’Ouest en Est, ou d’Est en Ouest, et non du Nord au Sud, ou du Sud au Nord. 4.300 km de long pour à peine plus de 200 km de large en moyenne, voilà qui a dû poser de sérieux problèmes au chargé de la mise en page des cartes IGN. Des 17,6 millions d’habitants, la population indigène ne représente plus que 4,6%.

Hospedaje



Rejoindre Osorno depuis Santiago prend autant de temps que rallier Santiago depuis Madrid, soit 13 heures. A condition toutefois de réaliser ce dernier trajet en bus, et le premier en avion, l’inverse étant beaucoup plus compliqué, notamment en ce qui concerne la portion « Madrid - Santiago ».

Osorno est en quelque sorte le point de départ de notre projet. Une dernière base logistique avant d’entrer sur le territoire de Mapu Lahual, un sas. Nous devons y régler les derniers détails logistiques : achat de nourriture pour 3 semaines, planification du séjour avec David. Il nous faut trouver une carte postale pour l’anniversaire d’une amie, ainsi que 600.000 pesos chiliens pour payer le séjour, avec des cartes bancaires qui ne fonctionnent pas. Succès total pour la première mission. (Si vous nous voyez arriver dans une semaine c’est que nous avons échoué au niveau de la deuxième).

Une immigration allemande massive au XIXème a donné à Osorno une architecture plutôt atypique. La ville semble tout droit sortie d’une BD de Lucky Luke, ou d’un vieux Far West. Les vieilles maisons de bois se succèdent le long de rue un peu grises. Zoë apprécie la cathédrale du centre ville, j’en ai pour ma part rarement vue d’aussi moches.

David arrive à 16h, nous avons donc quelques heures pour nous installer, trouver un Hospedaje pour la nuit.

_ « Cette auberge là a l’air sympa, non ? » me surprit Zoë, face à une maison en bois et en ruines tout droit sortie de la famille Adams.
_ « Zoë, si on dort là-dedans et qu’il y a un tremblement de terre, on n’y survivra pas ».
_ « Allons voir dedans au moins, ça a l’air rigolo ».

Auberge

La porte s’ouvre non pas sur Gomez Adams, mais sur une charmante dame au cheveux longs et au teint mat.

_ « Hola, tiene una camera » ? tentais-je en espagnol, ce qui pourrait signifier « Avez-vous un appareil photo ? »

Après m’avoir fait remarquer subtilement que si camera veut bien dire « chambre », c’est en italien, mais qu’en espagnol ça signifie (à une voyelle près) « appareil photo », Zoë prend le relais et nous voici à l’intérieur d’une vieille maison en bois, croulante mais charmante, face à la rue et un vieux réparateur de vélos.

Marchand cycles

Le temps de manger quelques empanadas au fromage, et David, son chapeau et son accent chantant nous donnent rendez-vous devant la gare. La suite, vous la connaissez.

En ce qui nous concerne, la suite, c’est Mapu Lahual et la rencontre, dès ce soir, de Don Carlos, le Lonko, ou chef, de la communauté de Maicolpue.

Après quasiment 2 ans de préparation, ACAPACA débute enfin. La suite au prochan épisode, dans 3 semaines.

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